Le tableau du coefficient de bonus-malus en assurance auto est un outil de lecture simple en apparence, mais son interprétation réelle demande de comprendre ce qui se joue derrière chaque ligne. Le coefficient de réduction-majoration (CRM) appliqué à votre contrat d’assurance auto détermine une part du montant de votre prime, pas sa totalité. Distinguer ce que le tableau montre de ce qu’il ne montre pas, c’est la clé pour anticiper l’évolution de votre cotisation.
Écart entre le coefficient affiché et la prime réellement payée
Le CRM s’applique à une prime de référence fixée par l’assureur lors de la souscription du contrat. Cette prime de référence n’est pas figée dans le temps : elle peut être réévaluée chaque année en fonction du modèle du véhicule, du lieu de résidence, de l’usage déclaré, du kilométrage ou du coût global des réparations sur le marché.
Concrètement, un coefficient stable ne garantit pas une cotisation stable. Un conducteur dont le CRM reste à 0,76 peut voir sa prime augmenter si son assureur a relevé la prime de référence. Cette distinction est rarement explicitée dans les tableaux classiques, qui se limitent à la mécanique du coefficient sans mentionner les autres variables tarifaires.
Le tableau ci-dessous présente l’évolution théorique du CRM pour un conducteur qui ne déclare aucun sinistre responsable, année après année. Chaque année sans accident, le coefficient est multiplié par 0,95 (réduction de 5 %).
| Année d’assurance | Coefficient (CRM) | Réduction cumulée sur la prime de référence |
|---|---|---|
| 1re année (souscription) | 1 | 0 % |
| 2e année | 0,95 | 5 % |
| 3e année | 0,90 | 10 % |
| 4e année | 0,85 | 15 % |
| 5e année | 0,80 | 20 % |
| 6e année | 0,76 | 24 % |
| 9e année | 0,60 | 40 % |
| 13e année | 0,50 | 50 % (bonus maximum) |
Le plancher de 0,50 correspond au bonus maximum autorisé, atteint après treize années consécutives sans sinistre responsable. Aucun assureur ne peut descendre en dessous, quelle que soit l’ancienneté du conducteur.

Coefficient de malus après un accident responsable : la majoration réelle
Le tableau du bonus ne raconte qu’une moitié de l’histoire. L’autre moitié concerne la majoration en cas de sinistre responsable, et son impact financier est souvent sous-estimé.
Sinistre entièrement responsable
Chaque accident dont vous êtes entièrement responsable entraîne une majoration de 25 % du coefficient. Le CRM est multiplié par 1,25. Un conducteur au coefficient 1 passe à 1,25 après un seul sinistre responsable, ce qui représente une hausse directe de la prime de référence.
Deux sinistres responsables la même année ne s’additionnent pas : ils se multiplient. Le coefficient est multiplié par 1,25 une première fois, puis le résultat est à nouveau multiplié par 1,25. Un CRM de 1 passe alors à 1,5625.
Sinistre partiellement responsable
En cas de responsabilité partagée (50/50 avec un autre conducteur), la majoration appliquée est de 12,5 % : le coefficient est multiplié par 1,125. Cette demi-majoration est codifiée par l’annexe de l’article A121-1 du Code des assurances.
Le tableau suivant compare l’impact d’un sinistre selon le niveau de responsabilité, pour un conducteur partant d’un CRM de 1 :
| Type de sinistre | Multiplicateur | CRM après sinistre | Hausse de la prime |
|---|---|---|---|
| Entièrement responsable | x 1,25 | 1,25 | +25 % |
| Partiellement responsable | x 1,125 | 1,125 | +12,5 % |
| Non responsable | aucun | 1 | 0 % |
Le coefficient maximum de malus est plafonné à 3,50. Au-delà, l’assureur ne peut pas appliquer de majoration supplémentaire. En revanche, un CRM de 3,50 signifie que la prime est multipliée par 3,5 par rapport à la prime de référence, ce qui rend l’assurance difficilement soutenable pour beaucoup de conducteurs.
Délai de retour au coefficient 1 après un malus
Un malus ne reste pas indéfiniment. Après deux années consécutives sans sinistre responsable, le coefficient redescend à 1 si le conducteur avait un CRM supérieur à 1. Cette règle s’applique quel que soit le niveau de malus atteint.
Ce mécanisme de retour à 1 est souvent confondu avec une descente progressive. La réalité est plus nuancée :
- Si le CRM est supérieur à 1 et que le conducteur ne déclare aucun sinistre responsable pendant deux ans, le coefficient revient automatiquement à 1 (pas en dessous)
- Si le conducteur avait un bonus avant le sinistre (CRM inférieur à 1), il ne retrouve pas son ancien bonus : il repart de 1 et doit accumuler de nouvelles années sans sinistre pour redescendre
- La période de référence pour chaque recalcul est l’année précédant de deux mois la date d’échéance annuelle du contrat, pas l’année civile
Un conducteur qui avait patiemment atteint un CRM de 0,50 après treize ans et qui déclare un sinistre responsable voit son coefficient remonter à 0,625 (0,50 x 1,25). Il lui faudra ensuite plusieurs années sans accident pour redescendre à 0,50.

Relevé d’information : le document qui pèse plus que le tableau
Lors d’un changement d’assureur, le tableau du coefficient ne suffit pas. Le nouvel assureur se base sur le relevé d’information, un document que votre ancien assureur est tenu de fournir. Ce relevé retrace l’ensemble des sinistres (responsables et non responsables) sur les cinq dernières années, avec les dates et circonstances.
Le relevé d’information permet au nouvel assureur de vérifier le coefficient déclaré. Un conducteur qui annonce un CRM de 0,50 sans pouvoir fournir de relevé se verra appliquer un coefficient de 1 par défaut, voire refusé par certains assureurs.
Pièges courants lors du changement d’assureur
- Oublier de demander le relevé d’information avant la résiliation : l’ancien assureur a l’obligation de le fournir, mais le délai peut atteindre plusieurs semaines
- Confondre le CRM affiché sur l’avis d’échéance avec celui du relevé d’information : les deux documents peuvent afficher des dates de calcul différentes
- Ne pas vérifier que les sinistres non responsables sont bien mentionnés : leur absence peut fausser l’appréciation du nouvel assureur sur votre profil de risque
Le relevé d’information est aussi le seul document qui atteste de la conservation du bonus en cas d’interruption d’assurance. Si vous cessez d’assurer un véhicule pendant plusieurs mois, votre CRM est conservé tel quel à la date de résiliation. Mais sans relevé, impossible de le prouver.
Conducteur secondaire et jeune conducteur : deux cas où le tableau ne dit pas tout
Le CRM est attaché au conducteur principal désigné sur le contrat. Un conducteur secondaire (conjoint, enfant) ne constitue pas son propre historique de bonus-malus tant qu’il n’est pas titulaire d’un contrat à son nom.
Un jeune conducteur qui souscrit son premier contrat démarre à un CRM de 1. La surprime jeune conducteur, souvent appliquée les trois premières années, est un mécanisme distinct du bonus-malus. Elle majore la prime indépendamment du coefficient. Les deux se cumulent : un jeune conducteur responsable d’un accident paie à la fois la surprime liée à son profil et la majoration de 25 % sur son CRM.
En revanche, la conduite accompagnée peut réduire la durée de la surprime jeune conducteur chez certains assureurs, sans pour autant modifier le coefficient de départ qui reste à 1.
Comprendre le tableau du coefficient de bonus-malus en assurance auto permet de situer votre position dans l’échelle tarifaire, mais le montant final de votre prime dépend de variables que ce tableau seul ne capture pas. Pour obtenir une estimation adaptée à votre situation, le formulaire ci-dessous vous permet de recevoir un devis gratuit et d’être rappelé par un professionnel.

